Les lectures sauvages qui ont marqué mon année 2025
Temps de lecture estimé : 7 minutes
Si vous avez ouvert ce lien, c’est que tout comme moi, vous êtes à l’affut de belles lectures au quotidien. Et s’il y a bien une chose que j’aime faire dans la vie, c’est parler des livres! Qui sait, j’échangerais peut-être un jour mon appareil photo contre une place de libraire dans un café-librairie rempli de chats au fin fond de l’Ariège. En attendant que cette place de libraire se libère, bienvenue dans ma petite liste de lecture 2025.
Clara Arnaud - Et vous passerez comme des vents fous
Je commence par le livre le plus frais dans mon esprit puisque je viens de le terminer.
Ce livre, de Clara Arnaud, est pour moi un petit chef d’oeuvre! Le titre provient du poème Impromptu du poète Arménien Hovhannès Chiraz.
Nous étions en paix comme nos montagnes
Vous êtes venus comme des vents fous.
Nous avons fait front comme nos montagnes
Vous avez hurlé comme les vents fous.
Éternels nous sommes comme nos montagnes
Et vous passerez comme des vents fous.
Clara, dans ce roman, nous emporte au coeur des Pyrénées à travers trois destins liés à l’ours et à la montagne. Rien n’est lissé, simplifié ou caricaturé. Et c’est peut-être ce qui m’a joyeusement attiré. Dès le premier chapitre, on comprend qu’il va être difficile de poser l’ouvrage. Bien sur, il y a de la poésie au creux des lignes, mais Clara Arnaud arrive surtout à nous faire un portrait sincère de ce lieu, des liens qui unissent bêtes, femmes et hommes, avec habilité et justesse. “Et vous passerez comme des vents fous” fait honneur aux montagnes, à l’ours, aux bergers et aux destins qui se tissent là-haut. En reposant le livre une fois fini, je n’avais qu’une envie : écrire à cette autrice pour lui dire à quel point son livre est beau. (il faut que je le fasse tout de suite!)
Bjorn Dhile - Une forme dans la pénombre -
Vivre et mourir avec les ours brun
La première chose que j’ai pensé intérieurement en trouvant ce livre dans une librairie de Juneau en Alaska, c’est “Merde, j’aurais aimé être l’inventeur du titre de ce livre!” J’ai trouvé ça absolument brillant!
Certaines personnes le savent sûrement mais je suis absolument fasciné, obsédé par les ours, les grizzly notamment. Je passe tout une partie de mon année à vivre sur leurs territoires afin de mieux les comprendre, les observer, les pister et parfois les rencontrer. Une phrase indélébile me reste de Lynn Schooler (Écrivain d’Alaska qui est maintenant un bon ami) :
À chaque fois que j’ai pensé devenir un expert des ours, la prochaine rencontre m’a prouvé le contraire.
J’avais déjà entendu parler de Bjorn à plusieurs reprises. L’Alaska est un grand village, les gens se connaissent. J’avais pris contact avec lui, et nous étions supposés nous rencontrer mais nous nous sommes manqués à plusieurs reprises.
Deux jours après avoir acheté son livre, je suis dans un petit avion qui m’emmène en territoire Inupiak pour une longue période d’immersion, justement à la recherche de grizzly. Je discute avec la personne assise à mes côtés, puis nous venons naturellement à discuter des ours. Elle fini par me demander mon prénom, et se tourne immédiatement derrière elle. “Je crois bien que mon mari m’a parlé de vous hier. Hé Bjorn! c’est Antonin”. Voilà comment j’ai rencontré Bjorn Dhile pour la première fois, alors qu’il partait en expédition avec sa famille.
Ce que je peux dire, c’est que ce n’est pas un énième livre caricaturale sur le grizzly, mais un récit profond autobiographique. Il mélange à la fois son expérience personnelle de terrain, des aventures dans certains lieux les plus reculés d’Alaska, enrichi par des récits historiques et contemporains. Son style d’écriture est emprunt d’une belle poésie, les chapitres sont courts et on apprend beaucoup de choses.
J’apprécie la place qu’il a laissé (à juste titre) à la culture autochtone. Ce n’est pas un livre écrit par un blanc pour les blancs, ce qui est toujours appréciable. Malheureusement ce livre n’existe qu’en Anglais …
Un autre jour je vous parlerais de Lynn Schooler et de son livre le plus connu : L’ours bleu.
Kent Nerburn - ni loup ni chien
Ni loup ni chien est une claque. Probablement l’ouvrage le plus marquant de mes dernières années. Pour celui-ci on reste encore sur le territoire Nord Américain.
Kent Neburn a écrit une quinzaine d’ouvrages sur la culture amérindienne. Dans ce livre, il est contacté par un vieil indien du Lakota qui désire le voir pour raconter son histoire, et celle de son peuple. Kent à un style journalistique. Il écrit tout, ce qui peut-être à la fois déstabilisant, mais aussi très agréable car totalement sincère. Le livre est bouleversant. Ce n’est pas une histoire d’indien romancé, c’est un pan de l’histoire dont on ne parle pas ou peu, l’histoire de peuple dont il est impératif d’écouter l’histoire en silence.
Empreint de douleur, teinté d’humour, Ni loup ni chien est le dialogue entre ces deux hommes, qui luttent pour trouver une voix commune. Un document sans concession sur la culture amérindienne et sur la façon - violente et vorace - dont les Etats Unis se sont construits. (Résumé au dos du livre)
Un dernier conseil, si vous lisez un jour cet ouvrage, ayez un carnet à porter de main. Il se pourrait bien que vous ayez envie de noter plus d’une phrase.
Jean Giono - L’homme qui plantait des arbres
”L’homme qui plantait des arbres” fait 33 pages! Idéal pour les personnes qui ont une peur des gros livres.
Un jour que je me promenais en forêt avec mon père, je lui racontait à quel point les geais sont des planteurs de forêts. Ils enfouissent dans la terre, la mousse, jusqu’à 5000 glands par ans!! C’est dingue non? J’essayais alors d’imaginer l’impact que cela aurait si chaque personne sur cette terre plantait autant de glands que le geai. Et ce que ça donnerait 10 ans plus tard?
Quelques jours plus tard, je recevais un cadeau de mon père : "L’homme qui plantait des arbre”. Je n’avais lu que Regain de Giono et il avait laissé en moi certains souvenirs indélébiles, dans la manière qu’il avait de décrire la ruralité.
Ici le livre est court, simple à lire, mais profondément touchant, émouvant.
La première chose que j’ai fais en refermant “L’homme qui plantait des arbres” ?
J’ai déambulé sur les collines Bourguignonnes, remontant les combes forestières à la recherche des chênes. Je ramassais les plus beaux glands, les collectaient précieusement puis en plantais de ci-de là. Merci Giono! Pas besoin d’écrire un livre de 1000 pages pour toucher en plein coeur.
Liste des livres complète
Clara Arnaud “Et vous passerez comme des vents fous”
Bjorn Dhile “A Shape in the Dark - Living and dying with brown bears”
Kent Nerburn “Ni loup, ni chien”
Jean Giono “L’Homme qui plantait des arbres”
(+ quelques bonus)
Jack London “Martin Eden”
Barry Lopez “Rêves Arctiques”
Sue Hubbel “Une année à la campagne”
Merci d’avoir pris le temps de lire ce premier article.
Belle lecture! N’hésitez pas à laisser un commentaire pour partager vos lectures sauvages ou retour.